Je prends le temps de me poser pour écrire par un dimanche un peu plus calme que les autres. Le nouveau semestre démarre vraiment sur les chapeaux
de roues ; surcharge de boulot et sorties en chaîne pendant le week-end. Je me sens pas trop mal dans ma nouvelle classe, bien que ma très bonne amie du semestre dernier, Stacey,
ne soit pas revenue en Chine. Je connais quand même pas mal de monde, dont un ami coréen, Minho. Ma classe contient quelques portugaises, mais dans certains cours je me retrouve
l'unique occidental, entouré de japonais, coréens, thaïlandais et un kazakh. Le prof principal est juste très mauvais, il est de mauvaise foi, nous surcharge
de devoirs et a des méthodes d'enseignement un peu discutables, comme obliger une portugaise à écrire au tableau avec une main blessée ou nous demander d'apprendre par cœur des textes entiers (ce que je me refuse à faire).
Concernant la vie dans le quartier, j'ai soudainement rencontré beaucoup de gens et me suis rapproché d'amis que je n'avais vu que modérément pendant le premier semestre. Du coup
il y a toujours quelque chose à faire le week-end... Ma colocation se passe pas trop mal bien que ma coloc allemande se révèle être extrêmement étrange (sa
dernière lubie a été de se couper sa longue natte avec des ciseaux, ce matin-même, j'ai été assez surpris en la voyant), mais la localisation de l'appart me satisfait tellement
que je suis prêt à tout endurer ! Un petit mot sur le tremblement de terre japonais, dont on a beaucoup entendu parler ici. On a pas été touchés ici, mais vu
le nombre d'étudiants japonais, on en parle un peu tous les jours. Bien que rien ne l'indique, certains ont un peu peur d'une catastrophe nucléaire, Pékin n'étant pas très loin
de l'archipel nippon, mais pour l'instant rien, aucune alerte à part un canular alarmiste par portable ayant circulé parmi les étudiants. Petite note finale
sur le temps : ça va beaucoup mieux, on remonte à une moyenne d'environ 10°C en ce moment... les rues recommencent à s'animer un peu plus (bien qu'elles n'aient jamais cessé de
l'être en hiver) !
Afin de ne pas prendre plus de retard sur ce blog, j'ai envie de raconter mon voyage des vacances d'hiver ; des résumés rapides se trouvent sur mes albums
Facebook, mais il y a tellement plus à raconter que ce serait dommage de ne pas le faire ! Voici donc une première partie ! Alors, avertissement ; ça n'a beau n'être qu'une
première partie, c'est long. Je vous conseille, pour rendre la lecture moins monotone, de regarder en même temps mon album photo facebook, où ce que je
décris prend sans doute un peu plus de consistance. Logiquement, avec ce lien n'importe qui, même les gens qui n'y sont pas inscrits, peuvent voir les photos, je vous y invite
donc ! Voici le lien : http://www.facebook.com/album.php?aid=619341&id=554615376&l=910118094f
(je le remettrai en bas)
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Je pars le 12 Janvier de Pékin, par avion (par impossibilité d'acheter des billets de train), avec Pauline, une étudiante interprète belge. Malgré un vol un peu
perturbé, nous arrivons le soir à Chengdu 成都, la capitale du Sichuan 四川, une grande région du sud-ouest de la Chine, plutôt peuplée et célèbre entre autres pour sa cuisine épicée et ses
pandas. Nous retrouvons Marianne, acolyte belge de Pauline, à l'aéroport, et allons passer la nuit dans une très bonne auberge de jeunesse de Chengdu, le Mix. Malgré un accueil rendu
étrange par la présence d'un faux-australien bourré un peu collant, nous prenons possession de notre chambre. Première impression : bien que la température soit plus
clémente ici, la chambre est frigorifique. En Chine, bien que le nord soit glacial en hiver, au moins il y a du chauffage dans les bâtiments. Mais le sud est froid aussi
en hiver, et par contre il y a très rarement du chauffage, et encore moins souvent du chauffage qui marche correctement. Bref, la chambre est frigorifique et le
chauffage de l'auberge ne marche qu'à moitié. Génial ! On s'emmitoufle pour la nuit, thème récurrent de cette épopée sichuanaise !
Le lendemain est dédié à la ville de Chengdu. C'est une grosse ville chinoise comme tant d'autres (avec quelques millions d'habitants et pas spécialement jolie), mais plutôt agréable dans son genre. Je l'ai trouvée impressionnante de nuit en voyant ses gratte-ciels éclairés avec... audace, et tranquille de jour,
verdoyante et bénéficiant d'une température clémente. Notre premier arrêt de la journée se fera au Renmin Gongyuan 人民公园 ou Parc du Peuple, un parc public à la chinoise, extrêmement animé (chants, danses, sport, etc), où mes
deux compagnonnes belges se laisseront aller à participer à un faux défilé de mode sous l'œil ébahi d'une foule de chinois ! Nous finissons par prendre une
tasse de thé dans le salon du parc, où nous faisons connaissance avec un guide touristique indépendant parlant anglais, qui nous a impressionné par l'amour de sa région. Ensuite,
bien que le temps nous soit compté, nous rentrons dans un temple taoïste 20 minutes avant la fermeture. Très joli, le Qingyang Gong 青羊宫 est célèbre pour ses deux statues de chèvres en bronze, l'une portant chance quand on la touche et l'autre
portant les attributs des 12 signes du zodiaque chinois. Le dîner est tardif, mais l'occasion de goûter un huoguo 火锅 ou « fondue chinoise », dans sa région d'origine. Ca consiste en une soupe épicée bouillante dans laquelle on fait
cuire un peu tout ce qu'on veut, viande, légumes, champignons, etc. Cela compte parmi les plats traditionnels du Sichuan, et c'est doute un des
trucs les plus épicés que l'on puisse manger là-bas ; il faut s'attendre à transpirer énormément pendant le repas et prévoir un peu de liquide à côté =p
Pour le lendemain, le 14 janvier, nous nous levons aux aurores, car nous devons prendre un car à direction de Jiuzhaigou 九寨沟, un site touristique important du Sichuan et connu dans toute la Chine. Au programme, 10h de bus, un trajet rendu intéressant par les endroits traversés
par la route. Nous sommes en effet passés dans la région de l'épicentre d'un séisme ayant ravagé la région le 12 mai 2008. La Chine avait été bouleversée à
l'époque, et nous avons pu observer que bien que le paysage reste désespérément constitué d'éboulis et de débris, la vie reprenait rapidement ses droits, le meilleur exemple
étant la route que nous étions en train d'emprunter, cet itinéraire ayant été détourné pendant 1 an et demi le temps de la reconstruction. Nous arrivons le soir dans la bourgade de Jiuzhaigou,
unique route bordée d'hôtels à touristes dans l'extrême Nord montagneux du Sichuan, dans une région hyper paumée. Basse saison oblige, la plupart des hôtels
sont fermés et nous nous faisons héberger dans une fausse auberge de jeunesse Hostelling International, mais c'est l'option la moins chère. Après un bon repas pris à même le
poële chauffant du seul restaurant ouvert dans tout le bled (ambiance un peu fin du monde), je passe la nuit la plus glaciale de ma vie. Il fait tellement froid que
les tuyaux gèlent ; la réceptionniste a du venir chauffer les tuyaux des toilettes pour que l'on puisse tirer la chasse d'eau, et nous avons dû laisser couler le robinet toute la
nuit pour éviter que la canalisation ne gèle.
La journée d'après est dédiée à la visite des vallées de Jiuzhaigou. Qu'est-ce que c'est ? C'est un parc national chinois, inscrit au patrimoine
mondial de l'UNESCO, consistant en 3 vallées. Il est très connu pour offrir à la vue des touristes des paysages comptant parmi les plus féériques de
Chine, voire du monde, même si les paysages d'hiver sont réputés moins spectaculaires. Ca consiste en fait à des successions de lacs, cascades et rapides, le tout entourés par une
végétation multicolore et des montagnes vertigineuses. Mes photos ne rendent évidemment pas exactement la beauté du site quand on le voit en réalité ! En tout cas, qu'à cela ne tienne,
on en a eu pour notre argent ; le parc est tout sauf décevant. On a commencé sous la neige, par une énorme cascade mi-gelée, la cascade Nuorilang, à
l'intersection des 3 vallées du parc. Concrètement, l'eau gelée forme des stalagtites géantes en dessous desquelles l'eau s'écoule encore dans un fracas assourdissant. Nous remontons encore un peu en bus dans la vallée la plus intéressante. Après avoir négocié que les guides nous laissent tranquille en continuant à
pied, en descendant par la route, nous faisons le tour de l'Arrow Bamboo Lake tous les 3. Étant absolument seuls et ne voulant pas vraiment descendre toute la vallée par la route, nous
bravons l'interdit et faisons le tour des barrières menant aux chemins forestiers de l'autre côté des lacs. La fraude a cependant bon goût ; nous pouvons voir les lacs de près,
nous ne croisons personne, sommes entourés par le silence, et bénéficions de scènes que très peu de monde voit en hiver vu que nous prenons
des chemins interdits. On se fera choper à deux reprises, mais les gardes ne nous puniront en rien (ce qui nous d'ailleurs permis de le faire deux fois). Nous descendons donc la vallée, le long
de tous ces lacs tous plus magnifiques les uns que les autres. Ils sont gelés et blanchis par la neige, reflètent les majestueuses montagnes à proximité dans
leurs eaux transparentes, eaux laissant apercevoir en leurs fonds la végétation aquatique.
Dans le premier lac, des algues ocres tapissaient le sol et étaient coiffés d'un manteau de neige si leur sommet dépassait de l'eau, et la
surface de l'eau non-enneigée reflétait les sommets environnants. Le deuxième lac, le Panda Lake, était totalement glacé et enneigé et se
termine en une petite cascade, devant plus loin un rapide dévalant la pente sur plusieurs centaines de mètres à travers une végétation enneigée. En bas de ce rapide apparaît la
vision la plus féérique du jour, le Five Flower Lake. Pas gelé du tout à part quelques traces blanches sur les rives, ses eaux parfaitement turquoise laissent
apparaître un enchevêtrement d'algues émeraude, contrastant pleinement avec la végétation sur les rives ; mi-ocre des restes de l'automne, mi-verte
des conifères persistants, avec quelques traces de neige immaculée çà et là. Le soleil s'est même invité, ce qui a réchauffé le temps et a permis au lac de scintiller sous nos
yeux. On s'est carrément arrêtés une petite heure ! Le lac se termine en de petits étangs où l'eau est encore plus claire, de couleur azur, et où le
fond de l'eau est jonché de troncs en décomposition que l'on voit parfaitement clairement. On repart par la route, le longs de tous ces étangs transparents, nichés au pied d'énormes
pics et noyés dans une végétation ocre. Le paysage se transforme ; l'eau se déverse maintenant en un rapide large de plusieurs dizaines de mètres,
elle glisse sur une énorme roche en pente, balayant quelques excroissances rocheuses et buissons au passage, scintillant au soleil. Ce Rapide des Perles se déverse en une cascade
du même genre que la toute première, à moitié gelée et tout aussi impressionnante, d'autant plus que l'on a le soleil. Et c'est le moment que la batterie de
mon appareil photo choisit pour me lâcher ! En descendant encore un peu, on passe à côté du Mirror Lake et du Tiger Lake, deux énormes étendues d'eau nichées entre les montagnes connues
pour leurs réflexions. C'est la fin de la première vallée ; nous prenons un bus pour monter au sommet de la deuxième, où nous sommes époustouflés par
l'immensité du Long Lake, un réservoir d'eau tellement massif qu'il remplit ni plus ni moins le reste de la vallée, si bien qu'on ne peut aller plus loin. Il est
totalement enneigé et des sommets blanchis l'entourent. Magnifique... en redescendant, nous allons voir la Five Colour Pool, une version miniature du Five Flower
Lake de plus tôt. Il ne nous reste que moins de 2 heures pour la troisième vallée ; nous allons donc la parcourir majoritairement en bus et nous arrêter aux endroits intéressants.
L'endroit le plus époustouflant de cette vallée selon moi, est l'endroit ou de multiples petits lacs (genre 7 ou 8) se déversent les uns dans les autres en « escaliers ». L'eau est
toujours aussi bleue et chaque lac est séparé de l'autre par une frange de végétation ocre, limite orange, qui jure parfaitement avec la couleur de l'eau.
C'est après cette journée intense et pendant laquelle on en a pris plein la vue qu'on sort du parc en compagnie de 3 jeunes étudiants chinois de
Chengdu. L'un décide de nous accompagner pour le voyage retour en bus, et tous trois nous proposent de nous héberger gratuitement dans leur chambre
d'hôtel, beaucoup trop grande pour trois. Après moultes hésitations et après avoir vu la chambre, nous acceptons finalement, mais insistons pour leur offrir le dîner. Ils nous
emmèneront dans un restaurant de shaguo 砂锅 « pot d'argile », où l'on
mange le contenu de multiples petits récipients en le versant sur son riz, que l'on a à volonté comme partout dans le sud de la Chine. Soirée très sympa dans leur chambre, où
nous sommes obligés de parler chinois !
La journée du 16 janvier se passera majoritairement dans le car retour, en compagnie des deux belges et du chinois nous accompagnant, 10 heures retour particulièrement désagréables à cause de chauffeur, pas très délicat dans sa conduite, ayant visiblement un problème pulmonaire l'obligeant à cracher par la
fenêtre chaque minute, affectionnant particulièrement klaxonner toutes les 30 secondes par salves de 5 ou 6, et par dessus tout pas sympa,
nous ayant engueulé parce lui-même avait mal déchiré notre billet. L'un des passagers chinois a même quitté le car avant l'arrivée, et nous-mêmes nous sommes demandés si le
véhicule, tellement malmené par le chauffeur, n'allait pas tomber en pièces avant d'arriver à la gare routière. Il a en tout cas réussi à tout simplement
casser son klaxon qui ne faisait plus qu'un bruit de jouet d'enfant, comme à bout de souffle au bout d'une journée d'utilisation non-stop. Un autre aspect des voyages
longue-distance en car en Chine, et un fil rouge dans ces régions méridionales où le trajet en bus est plus courant que celui en train, ce sont les
arrêts toilettes. Les toilettes au bord de la route en Chine, elle peuvent être payantes ou non mais cela n'augure en rien du standing. Dans
le meilleur des cas, on a le droit à deux pièces carrelées, une pour chaque sexe, avec une rigole au-dessus de laquelle tu t'accroupis, avec des cloisons pour séparer les
personnes. Il ne faut pas trop compter sur la chasse d'eau, et si tant est que la rigole ne déborde pas déjà de tout ce que les gens y ont fait avant toi, la vue
n'est généralement pas très ragoûtante. Ca, c'est si on a de la chance. Souvent, il n'y a pas de cloisons, voire pas de pièce, voire pas de chasse d'eau. Souvent, c'est
juste 3 trous alignés, en extérieur. Et parfois même, les hommes et les femmes ne sont séparés que par un mince rideau flottant au vent qui ne va pas
jusqu'au sol, ou par un petit muret dans lequel il manque de nombreuses briques. Génial, ça rapproche !
Enfin arrivés à Chengdu, nous retrouvons enfin Alizée, Amal et Brian (française, marocaine et américain), fraîchement arrivés de 西安 Xi'An et passons une soirée très sympa au Mix, ayant une chambre pour nous 6.
C'est maintenant le début des deux seuls jours du voyage que nous ferons à 6, avec le groupe complet. Un jour génial et un autre un peu moins !
Le 17 janvier, programme chargé. Nous nous dirigeons le matin vers la base de reproduction des pandas géants du Sichuan, la principale
attraction de la ville de Chengdu. Il faut savoir que le panda géant, celui que l'on connaît tous, est une espèce gravement menacée, et que le seul endroit au monde
où l'on en trouve en liberté sont les forêts du Sichuan. Cette base s'occupe avec succès de multiples pandas, pour tenter de les faire se reproduire, ce qu'ils n'ont pas
l'air très enclins à faire spontanément, en tout cas pas assez pour que l'espèce survive encore longtemps. Malgré le temps maussade, pluvieux et froid,
c'était mignon tout plein ! Il étaient plutôt actifs (actif pour un panda, ça se résume à bouffer du bambou assis dans l'herbe) et avaient un
espace assez grand. J'ai assisté à une tentative de l'un d'eux de grimper à un arbrisseau de 2 ou 3 mètres de haut, la grosse bestiole a réussi à monter jusqu'au sommet bien que le tronc
plie largement sous son poids. Il n'a d'ailleurs pas manqué de se casser la gueule =p Ensuite, nous avons vu la zone des bébés, où l'on aurait dit qu'ils faisaient exprès de se battre
pour rien, dans le but de déclencher les soupirs attendris dans touristes ! Enfin, la base héberge aussi une autre race de pandas, le panda
roux, un petit mammifère qui ressemble à un croisement entre un renard (pour la couleur) et un raton-laveur (pour l'aspect général).
Pour la suite de la journée, nous nous dépêchons de prendre un bus pour Leshan 乐山, ville à 2h de Chengdu, connue pour son fameux Bouddha géant, une statue de 78 mètres de haut sculptée à même la falaise, le plus grand du monde selon
certains guides. On entre par un parc luxuriant, ambiance tropicale rendue par l'humidité ambiante et la verdure de la végétation, parsemée de sculpture plus
ou moins bouddhiques de plus en plus étranges. Le chemin menant au Bouddha Géant 大佛 suit une
crète, puis traverse quelques temples et jardins dans lesquels semblent passer leur journée les représentants de la minorité ethnique locale. On
aperçoit d'abord la tête du Bouddha derrière une balustrade, tête massive de 10 ou 15 mètres de haut ; on se trouve au niveau du sommet de la falaise, et devons donc descendre à pic pour arriver au(x) pied(s) de la sculpture. Le chemin vertigineux en zig-zag nous permet de voir le Bouddha de près, et
d'arriver à ses pieds. Impressionnant. Le panorama ne serait pas complet dans ce qui se trouve en face du grand Bouddha ; c'est une confluence de 2
fleuves, et en face de la sculpture de trouve la péninsule abritant le quartier d'affaire de la ville de Leshan, hérissé de hauts immeubles toisés par la
hauteur du Bouddha. Pour parfaire le tout, le temps brumeux ajoute un côté très mystique au lieu, ambiance géniale. Nous repartons de l'autre côté, le long d'un chemin
longeant la falaise, avec une vue magnifique sur le fleuve. Nous arrivons à un faux village traditionnel de pêcheurs, et à la sortie apparaît devant nos yeux
un pont spectaculaire enjambant un bras de rivière. De forme originale, mais d'architecture chinoise traditionnelle, il est majestueux bien que pas énorme, et me coupe littéralement le souffle, je compare encore ce paysage à un décor de film. Il ne nous reste que dix minutes pour nous précipiter en haut de la colline de l'autre
côté du pont, où se trouve un temple intéressant ; essoufflés, on a juste le temps de visiter quelques cours et d'observer quelques moines en
prière avant de redescendre en quatrième vitesse, où un contact nous attend pour nous ramener à Chengdu... enfin pas vraiment, dans un quartier très périphérique un peu
glauque ou nous devons reprendre un autre bus pour enfin revenir dans la capitale proprement dite. Après avoir goûté la version « brochettes » de la fondue chinoise, le
串串香 (chuanchuanxiang), nous rentrons à l'hôtel.
Le jour d'après, nous allons toujours à 6 dans le village de Pingle 平乐 (à
prononcer pinng-leu, pas pinngueul). Il est connu pour son vieux village, apparemment charmant. C'était un peu un plan de secours, une attraction pas trop loin qui nous
permettait de passer encore un jour tous les 6, et un excursion d'une journée plutôt pratique. Résultat, nous avons décidé à l'unanimité de décerner à
Pingle l'award de l'endroit le plus déprimant du Sichuan. Bon, pour commencer, on a pas eu de chance avec le temps, maussade encore une fois. On a
rencontré dans le bus une jeune locale qui nous a emmené manger dans un restaurant étrange où l'on nous a servi une soupe de mouton épicée encore plus étrange. La ville est
mignonne mais le temps rendait tout triste, et l'animation populaire se résumait à quelques échoppes dans les ruelles principales, et autrement à des attroupements de villageois en pleine discussion autour d'un feu de bois, en manque de boulot pendant la saison basse. La vieille ville s'étend le long de la rive d'une
rivière, rive tout en travaux pour que tout soit prêt pour l'été, certainement. De l'autre côté, c'est un peu plus intéressant ; moins designé pour les touristes, ce sont des
enchevêtrements de maisons, cours et ruelles bordés par d'immenses champs de salades, des champs de salade à perte de vue. Quelques colline basses à proximité donnent un peu de
relief au paysage, qui fait très cliché « Chine rurale ». A part ça, du même côté se trouve la principale attraction touristique du village, une
reconstitution d'un hameau artisanal. Si Pingle devait décerner la palme de l'endroit dans le village qui pousse le plus au suicide, je crois
que cette reconstitution gagnerait haut la main. C'était juste triste à mourir. Un chat et un chien se baladaient sur une place principale au bord de laquelle un local jouait une
mélodie mélancolique au hautbois, et les rues étaient désertes, quelques « artisans » étaient là pour contenter les quelques uns d'entre nous qui se
sont laissés aller à acheter une calligraphie ratée ou a goûter du 白酒 baijiu (alcool fort chinois). A noter,
une grande maison avec une succession de cours et de pièces qui m'a plu, mais c'est tout. C'est donc abattu et dépressifs que nous nous
échappons en bus de ce vortex spatiotemporel dans lequel tout idée de joie ou de clarté apparaît ne jamais avoir existé. Sauf qu'on laisse Brian et Alizée dormir dans
l'agglomération du coin, ils nous quittent pour une excursion dans l'ouest du Sichuan, alors que nous 4 restons ensemble et voulons nous diriger le plus vite
possible vers le Yunnan. Le temps commence à être vraiment déprimant, même à Chengdu...
Le lendemain sera mon dernier jour dans le Sichuan ; nous avons un train pour Panzhihua 攀枝花 dans
la fin d'après-midi, ce qui nous laisse une petite journée de visite dans un Chengdu toujours couvert, ce qui est arrive plus de la moitié de
l'année selon nos rencontres chinoises, mais nous a permis de voir des précipitations, absentes depuis plusieurs mois à Pékin au moment du voyage.
Nous mangeons le midi dans un restaurant traditionnel délicieux conseillé par notre ami chinois rencontré quelques jours plus tôt, à Jiuzhaigou, et par hasard nous le retrouvons là-bas ! C'était assez surréaliste de le revoir alors que nous nous étions plus ou moins dit adieu ! Il nous a donné
quelques conseils sur la visite du Temple dans lequel nous nous apprêtons a entrer... sous la neige. Ambiance hivernale et mélancolique pour cette
visite donc, où j'ai pu voir des palmiers sous la neige ! Temple joli, beaucoup de choses inhabituelles, donc un souterrain abritant une grande salle avec un Bouddha doré et des étagères
entières des plaquettes mystérieuses, comme une énorme bibliothèque sacrée. Ensuite, nous sommes allés visiter la place principale de Chengdu, sur laquelle se
trouve une grande statue de Mao... en travaux ce jour-là, tout entouré d'échafaudages verts. Tant pis, vu qu'il nous reste du temps et qu'on a plus envie de marcher, on se pose
quelques heures dans le seul McDo du monde où il sont à cours de hamburgers. Très frustrant. Nous arrivons à l'heure pour notre train, retardé de 40
minutes... et nous apprenons une fois à bord que le voyage sera plus désagréable que prévu. Plus tôt le matin même, nous avions galéré pour acheter nos billets, et nous étions
finalement décidés pour un train en places DEBOUT vers Panzhihua, mais censé ne durer que 6h de temps. On était prêts à acheter des tabourets pliants et à
supporter ça, 6h ça allait. Sauf qu'une fois à bord, bien qu'on ait pas eu à sortir nos tabourets grâce à des sièges libres (ouf), on a
appris qu'en fait, le train arriverait à 6h... du matin, dans 11 heures ! Ce sera encore une mauvaise nuit dans un train chinois en places assises (banquettes, pas sièges
individuels), la 5è depuis septembre, alors qu'à chaque fois je me dis « plus jamais ça ! »...
A suivre...
(Lien pour les photos : http://www.facebook.com/album.php?aid=619341&id=554615376&l=910118094f
)